La protection de la biodiversité est un enjeu de longue date et fréquemment mis sur le devant de la scène. Personne n’est réellement étranger aux notions de pollution ou de dérèglement climatique mais les logiques de l’impact de l’activité humaine sur les écosystèmes ne sont pas toujours et largement comprises.

Aussi, il semblerait que l’espèce humaine tende à ne pas s’inclure dans cette “diversité du vivant” (ou biodiversité) et que les liens entre notre propre protection et celle de notre environnement ne soient pas toujours établis. Enfin, il s’avère qu’adopter un mode de vie différent et parfois contraignant peut paraître vain pour les plus cyniques, lointain et abstrait pour ceux qui ne se sentent pas concernés, ou qui, inconsciemment, croient ne pas avoir été touchés par les conséquences d’une dégradation de l’environnement. Il est évidemment plus facile d’être indifférent au changement climatique depuis Paris ou Londres que dans un village Ethiopien comme Tesso Qello (région de Borena) où les facteurs climatiques conditionnent l’accès à la nourriture.

De quoi parle-t-on lorsqu’on parle de biodiversité ? En reprenant les mots de Robert Barbault, directeur du département Écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d’Histoire naturelle: “La biodiversité est le tissu vivant de la planète ; c’est la vie sur terre caractérisée par la diversité génétique, la diversité des espèces et des systèmes qu’elles constituent”. On peut cependant retracer l’origine du terme biodiversité jusqu’en 1986 avec Edward O. Wilson, biologiste Américain qu’on considère à l’origine de celui-ci.

Cet article vise à montrer, sans être exhaustif, que les êtres rationnels que nous sommes ont tout intérêt à oeuvrer à la protection de la biodiversité; que le cas échéant, nous sommes et serons tous affectés. Il n’est pas question de formuler des recommandations précises ou de faire état des actuelles mesures actives en faveur de la protection de la biodiversité. Il s’agit d’un petit texte de sensibilisation à destination du plus grand nombre.

A ce titre, la convention des Nations Unies sur la diversité biologique (1993) considère notamment que la diversité biologique implique plus d’éléments que les plantes, animaux, micro-organismes et leurs écosystème;  car il s’agit aussi d’individus, de leur besoin de sécurité alimentaire, de médecine, d’air, d’eau, de refuge et d’environnement sain pour vivre. Ceci fait résonner le concept de “One health” (“une seule santé”) développé dans les années 2000, promettant l’approche d’une santé à l’interface entre celle des animaux, de l’Homme et de leur environnement.

Pour saisir les implications concrètes de ce concept, de nombreux évènements pourraient être utilisés pour expliciter les enjeux qui lui sont inhérents. Le coronavirus est une question préoccupante et peut-être, à ce jour, une des illustrations les plus pertinentes.

Pourquoi ? Le Coronavirus permet d’illustrer les conséquences de ce qu’on appelle Zoonose, soit la transmission de maladies entre les hommes et les animaux. La transmission d’un virus fonctionne par la présence de différents hôtes, qui sont, dans le cas du coronavirus des animaux sauvages, entre autres utilisés pour leurs vertus médicinales. Ni les caractéristiques propres à ces animaux, ni leurs origines géographiques ou encore les conditions sanitaires dans lesquelles ils sont transportés et vendus ne sauraient pleinement expliquer l’ampleur de la transmission de ce virus. Plus largement, il ne s’agit pas d’un problème Asiatique qui, par la faute d’une constante mondialisation des échanges de biens, services et populations, aurait contaminé la planète entière.

De plus, la question de la transmission des virus ou différents pathogènes est directement liée à celle de la biodiversité. Pour faire simple, les virus sont loin d’être rares ou essentiellement dramatiques, ils circulent en permanence d’espèces en espèces. Naturellement, ceux-ci tendent à se diluer et ne causent pas de millions de morts. Cependant, lorsque leurs hôtes diminuent, ils ne se diluent pas autant, et les résistances au sein de chaque espèces sont plus faibles. A cela s’ajoute la proximité que nous avons instaurée entre différentes espèces n’étant pas supposées cohabiter: des Porcs avec les Chauves souris en Malaisie, des chauves-souris aux pangolins sur les marchés en Chine, même si ce lien est sujet à controverses.

Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et de l’Institut de “Systématique, évolution, biodiversité” (ISYEB) soutient à ce sujet : «Lors de chaque grande crise sanitaire récente (Ebola, Nipah, Sras, Chagas, Lyme, etc.), on observe à l’origine la détérioration du milieu naturel et des mauvaises pratiques, du marché aux animaux à l’élevage industriel fait dans des conditions sanitaires déplorables […] En outre, dans les pays industrialisés avec des réglementations strictes, comme en Europe, il y a aussi un problème d’homogénéisation génétique en plus de la promiscuité. C’est vrai pour les animaux et pour les végétaux : le manque de diversité génétique entraîne une plus grande vulnérabilité.»

Les activités humaines, comme l’intensification des activités agricoles, la déforestation ou l’urbanisation augmentent modifient l’interface entre l’Homme et les populations animales sauvages ou domestiques et constituent alors ce qui est nommé « pont épidémiologique », offrant de nombreuses opportunités de passage de barrière d’espèce à divers agents pathogènes émergents.

Globalement, protégeons nous en protégeant la biodiversité.

Comment ? Il existe un panel de solutions assez large, mais en ce qui concerne l’échelle individuelle quotidienne, au sujet des élevages et de l’agriculture: il est possible de repenser sa consommation de viande et privilégier la qualité à la quantité, réduire sa consommation de poissons et s’informer sur les saisons de pêches locales, s’éloigner un peu des fruits et légumes exotiques pour privilégier la production locale de fruits et légumes de saison, arrêter l’usage de pesticides, réduire sa consommation d’eau, composter ses déchets alimentaires, s’intéresser au tourisme durable.

La liste est longue et vous le savez déjà, mais peut être que les bouleversements de ces derniers mois ainsi que la compréhension des facteurs qui les sous-tendent faciliteront l’adoption de nouvelles pratiques alimentaires.

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Mirana Massard

Sources

Lacroix, Audrey, 2016. «La détection et la caractérisation de coronavirus et astrovirus chez les chiroptères au Cambodge et au Laos».

Testard-Vaillant Philippe, 2020. «Les virus sont une des forces majeures qui façonnent la biosphère», CNRS Le Journal.

Wilson, Edward O. 1985. «The Biological Diversity Crisis.» BioScience, vol. 35, no. 11. 700–706. JSTOR, www.jstor.org/stable/1310051.

T. Bogich et R.S. Ostfeld, 2010. « Impacts of Biodiversity on the Emergence and Transmission of Infectious Diseases », Nature, 468.

Servigne, Pablo. « La trahison d’Edward O. Wilson », Revue du MAUSS, vol. 42, no. 2, 2013, pp. 97-104.

https://www.inrae.fr/alimentation-sante-globale/one-health-seule-sante

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