Introduction – Résumé du contexte de l’affaire

En 2018, l’entreprise pétrolière et gazière française Total lance le projet « Tilenga » en Ouganda et un autre projet de construction d’un oléoduc de 1445km de long traversant l’aire naturelle protégée de ce pays ainsi que la Tanzanie. Cependant ces projets, présentés par la multinationale comme « des projets d’intérêt socio-économique pour l’Ouganda et la Tanzanie», se matérialisent dans les faits comme des projets portant atteinte aux droits de l’homme et à l’environnement. Ainsi, de nombreuses ONG et associations ougandaises comme françaises, dénoncent les dérives de ces constructions et portent cette affaire devant la justice où se tiendra, le 28 Octobre 2020, l’audience en appel.

Sur la brochure officielle du projet datant de septembre 2019, nous pouvons lire que « l’itinéraire de l’oléoduc a été choisi pour minimiser les impacts environnementaux, sociétaux et sur la sécurité ». Qu’en est-t-il dans les faits ?

Les implications de ce projet sur les droits de l’Homme

Total s’engage à « réduire au maximum l’impact sur les populations locales », en faisant en sorte que la relocalisation des populations soit limitée et en accompagnant celles qui seraient amenées à se déplacer. Total veut aussi prendre « en compte des préoccupations des personnes concernées » en leur délivrant des informations et les intégrant dans le processus de mise en œuvre de ce projet. Cependant, ces engagements n’ont pas été tenus. 

Les populations ne peuvent plus cultiver sur leurs terres alors même que l’agriculture représente la source principale de leur revenu. Un témoin raconte : « Ils ont mis des bornes en pierres, et créé des délimitations. Ils nous ont interdit d’utiliser nos terres. Comment pouvons-nous payer les frais de scolarité de nos enfants quand on ne peut pas cultiver la seule terre qu’on possède ? ». Les Ougandais ne savent plus comment se nourrir et comment gagner leur vie et ce, sans recevoir la compensation qui avait été assurée par la compagnie. « Cela fait deux ans et nous n’avons rien vu » raconte ce même témoin.

De plus, la population est laissée dans l’ignorance quant aux avancées et aux conséquences de ce projet. « Ces gens nous laissent dans l’ignorance » explique une femme ougandaise.

Sans compter les menaces, les violences mais également les harcèlements, les intimidations de ceux qui – individus comme associations- dénoncent les violations et les effets néfastes des projets de Total. En effet, la vidéo nous montre que des leaders des communautés locales venus témoigner pour le procès de Total « sont cibles de menaces et harcèlement depuis leur retour ». Un homme nous dit « Quelqu’un m’a appelé en me disant que si l’on gagnait en justice en France, ils nous tueront. Je vis encore dans la peur ».

Les implications environnementales

Total et ses partenaires mettent l’accent sur un « engagement à préserver l’environnement sensible » par une approche qui vise à « Eviter- Réduire/Restaurer – Compenser » les effets de ces travaux sur la région.  Ainsi, ils soutiennent laisser « les lieux en meilleur état que celui dans lequel ils étaient avant les projets ».

Alors même que Total met en avant les progrès sur le plan de l’accès à une électricité propre avec l’implantation du premier système d’électricité solaire en Ouganda et plus largement dispersés sur le continent Africain, ces travaux constituent une menace réelle pour l’environnement avec des effets irréversibles sur la biodiversité de ces régions.

Les chiffres sont probants, selon un article du Monde, « plus de 50% des espèces d’oiseaux et 39% des espèces de mammifères vivant sur le continent africain sont représentées dans le bassin du lac Albert (d’où partira la construction de l’oléoduc)». Ainsi, les projets de construction de Total représentent danger de taille pour la biodiversité très riche de l’Afrique et non seulement de la région directement concernée par ces projets.

De plus, le projet de construction de l’oléoduc pose des problèmes au niveau du réchauffement climatique. Il est considéré comme l’oléoduc le plus chauffant du monde. 

Les différentes ONG alertent contre une possible contamination de l’air et de l’eau suite à l’implantation de gisements de pétrole. La vice-présidente de l’association Solidarités explique « Des activités d’exploration pétrolière menées il y a quelques années en Ouganda avaient déjà rendu l’accès à l’eau potable plus compliqué. Il n’y a aucune raison pour que cela se passe différemment aujourd’hui. N’importe quelle fuite pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les lacs et les rivières aux alentours ».

La Fédération Internationale pour les Droits Humains indique que « Les tests des puits de pétrole effectués il y a quelques années ont déjà eu des conséquences graves (…), des troubles de la vision et de l’audition ainsi que des maladies respiratoires ».

La situation est d’autant plus urgente que Total continue et accélère ses projets.

De la dénonciation aux actions en justice

Concrètement, les terres de plus de 100 000 individus sont affectées par ces travaux, les conséquences humaines et sociales, déjà très graves, se doublent aussi de conséquences irrattrapables sur le plan environnemental.

Deux associations françaises Amis de la Terre France et Survie renforcent la pression sur la multinationale et publient le rapport « Un cauchemar nommé Total », Mardi 20 Octobre 2020. En recueillant des témoignages, elles dénoncent donc ce projet de construction dans un parc naturel protégé de l’Ouganda et le projet d’oléoducs traversant la région jusqu’en Tanzanie, mais aussi les violations des droits de l’Homme ainsi que la situation de précarité extrême des populations.

Total a été saisie pour la première fois en Octobre 2019, les associations faisant appel à « la nouvelle loi française sur le devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre, qui permet de tenir légalement responsables, en France, les maisons-mères des multinationales pour les impacts (violation des droits et dommages environnementaux) de leurs activités dans le monde entier ».

L’audience à la Cour d’appel de Versailles qui aura lieu le 28 Octobre prochain pourra faire émerger des réponses quant à la résolution de ce conflit.

M.R.


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